Victorin Galabert

Pere Victorin GALABERT6 novembre 1830 : naissance de Victorin Galabert, fils de Joachim Galabert et de Rose, née Chambert. Il fait des études de médecine à la faculté de Montpellier et obtient en 1854 un doctorat avec une thèse intitulée « Essai historique sur la variole ».
Il prend contact avec le Père d’Alzon dont la famille est propriétaire du château de Lavagnac près de Montagnac. Il revêt l’habit religieux le 29 juin 1855 à Nîmes. L’année suivante, il se rend à Rome et entreprend des études de théologie et de droit canon. Il prononce ses vœux perpétuels à la confrérie de St Pierre à Rome le 30 juin 1856, honneur assez rare au demeurant. Il obtient un doctorat en droit canon et est ordonné prêtre le 7 juin 1857. Il collabore aux publications de l’abbé Chaillot (canoniste réputé).

Il dormait peu (environ 4 heures par nuit) et passait sa vie à prier et à se cultiver. Il devint rapidement un homme d’une érudition profonde « un puits de science ».
Il fait parvenir de Rome en 1882 par l’intermédiaire de son oncle prêtre à Saint Denis à Montpellier un morceau de la croix ramenée de Jérusalem lors du pèlerinage des 1 000. (Archives paroissiales). Les religieuses du village avec à leur tête Sœur Marie Claude, ont retrouvé semble t-il ce reliquaire courant 2006.

Il est professeur de sciences naturelles au collège de Nîmes de 1858 à 1862.

C’est en 1862 que le Père d’Alzon (1810-1880 : le fondateur de la mission des Assomptionnistes à Noël 1845 à Nîmes. Il sera déclaré vénérable* par le pape Jean-Paul II) l’envoie à Constantinople jeter les bases d’une fondation de l’Assomption et préparer l’union des Bulgares à l’Église Catholique. Sur les instances du Père Galabert, désireux d’être épaulé dans cette tâche gigantesque, le Père d’Alzon fonde la congrégation des Oblates. Cette mission du Père Galabert commencée chez les Bulgares de l’Empire Ottoman ne put être menée à bien qu’à force de patience, de foi et d’humilité par le Père et ses premiers collaborateurs. 

En 1868,Oblates les Sœurs arrivent à Andrinople (Edirne est la préfecture de la province du même nom, limitrophe de la Bulgarie et de la Grèce) où il va fonder une école la même année.
Tyrannisés par les Turcs (Empire Ottoman), les Grecs et les Russes, les Bulgares tournent leur regard vers Rome.

L’implantation de la congrégation se fit, outre à Andrinople, à Philippopoli (aujourd’hui Plovdiv, ville bulgare de plus de 400.000 habitants sur la rivière Maritza, chère à Sylvie Vartan). Une fois installée sous la coupe du Père Galabert, la fondation multiplia les œuvres en Turquie, Jérusalem, Roumanie, Grèce, Yougoslavie, Albanie et même jusqu’à Saint Pétersbourg et Moscou.

Maison assomptionniste de Kadiköy, Constantinople
Maison assomptionniste de Kadiköy, Constantinople

Installation sous la gouverne du Père Galabert de séminaires, collèges, hôpitaux, dispensaires et surtout la création en 1884 d’un centre bien connu d’études sur l’orient chrétien qui porte aujourd’hui le nom d’Institut Français d’Études Byzantines (fonds d’environ 40.000 ouvrages).
La congrégation des Assomptionnistes devenue internationale par la force des choses est en France propriétaire des éditions du Centurion et du groupe de presse Bayard dont les titres principaux sont le quotidien la Croix et l’hebdomadaire le Pèlerin. De plus, sous la houlette du Père Galabert, elle va se spécialiser dans l’organisation de pèlerinages.

Et voilà notre Père Galabert au centre d’une situation extrêmement confuse. Le Pape et le Sultan étant ennemis des Russes ont intérêt à faire l’union des Bulgares qui représentent un rempart contre le vaste Empire.

Dès 1865, le père assiste, et cela pour de nombreuses années, Raphaël Popov (1830-1876) devenu représentant officiel des Bulgares. Ils feront ensemble deux voyages à Rome où le Pape Pie IX se moquant de la calvitie précoce du Père Galabert l’appelait l’ange gardien de Popov ou le théologien à la tête blanche.

En 1870 pendant le concile, ecole Andrinople 1868le Père Galabert  eut une influence considérable et empêcha les « Orientaux » de repartir prématurément sans mettre en place une loi extrêmement importante pour les catholiques « l’Infaillibilité du pape ». Sans son influence, la session, à jamais célèbre du 18 juillet 1870, n’aurait jamais pu se tenir et Pie IX clore son concile. Pour convaincre les « Orientaux », il dût interpréter et traduire le concile en bulgare, turc, grec, italien et français. « Pie IX put définir que le double dogme de la primauté universelle de droit divin et l’infaillibilité du pape étaient vérités de foi divinement révélées ». La promulgation de ce dogme entraînera la Suisse et l’Allemagne à se marginaliser.

De retour du concile, le père Galabert s’attache, avec l’aide des oblates de l’Assomption, à la création de nouvelles écoles, dispensaires et hôpitaux (Andrinople et Karagatch) ainsi qu’un centre d’apprentissage qui n’est en fait qu’un séminaire déguisé.

En 1875, agitation dans les Balkans et en Herzégovine. Les habitants de certains villages sont massacrés par les Bachi Bouzouks (cavaliers mercenaires à la solde de l’Empire Ottoman). Le père pense que la guerre est inévitable.

En 1877, pendant qu’il est à Rome, carte mission Orientles Russes passent le Danube et les Bulgares pillent les villages turcs. Les écoles du père Galabert deviennent des hôpitaux pour réfugiés et malades. Les troupes russes s’avancent jusqu’à Constantinople. Le père sympathise avec le gouverneur russe dont il connaissait la sœur depuis ses études à Paris. Il va donc essayer d’organiser la pénétration de la Russie par la congrégation. (Moscou, Odessa).
Le père Galabert fut l’un des premiers à reprendre l’alphabet cyrillique et commença même un dictionnaire.

En 1880, il apprend que son neveu est mort noyé dans la Marne, et de plus on sent gronder en France les menaces anticléricales et cela l’affecte beaucoup.

En 1881, il va mettre en valeur les pèlerinages nationaux à Lourdes pour marquer l’importance des apparitions faites à Bernadette (ces apparitions datent de 1858). Il prépare ensuite l’héroïque croisière des 1 000 pèlerins qui vont en Terre Sainte pour la première fois sur un paquebot. On notera ici son implication très forte dans les pèlerinages de masse dont il est et restera le précurseur.

C’est en 1882 que naît l’épopée des pèlerinages de pénitence. L’idée de déplacement de masse à portée populaire est développée sous la houlette des Assomptionnistes. Il porte ensuite son regard vers Constantinople et à l’ombre de la mosquée Sainte Sophie créé deux couvents qui deviendront le centre d’où rayonnera l’esprit Assomptionniste.

1884 : Il rentre à Nîmes en passant par Montbazin pour embrasser son frère. Il s’éteindra à Nîmes le 7 février 1885 et sera inhumé au cimetière Saint Baudile dans le caveau de l’Assomption. De la génération du Cardinal de Cabrières (1830-1921), il fut l’ami de Frédéric Mistral, de Reboul, Roumanille et Aubanel, les poètes du félibrige. Père Dalzon

En 1914 la mission comptera près de 200 religieux et 300 sœurs oblates consacrés à cette mission d’Orient.

Quand le Père d’Alzon, le fondateur de la congrégation et son maitre à penser, pressait le Père Galabert de fixer ses regards sur la Russie, il lui proposait « d’y aller par la Roumanie, un pays, disait-il , où l’on parle une espèce de patois provençal facile à comprendre ».

L’Assomption pénétrera en Russie en 1903. L’œuvre du Père Galabert lui survivra et en 1945 malgré les années de plomb on note la présence de la congrégation à Saint Pétersbourg, Kiev, Odessa, Makeevka et Moscou.

Revue Etudes ByzantinesL’Orient et l’Europe centrale le pleureront comme un Saint. Mgr Rotelli, délégué apostolique, écrivait de Constantinople le 10 février 1885 « Tout le clergé séculier et régulier de ce vicariat patriarcal pleurera longtemps le Père Victorin Galabert, incomparable missionnaire apostolique et je me fais l’interprète de toutes nos missions de la congrégation pour exprimer à votre Paternité les plus sincères condoléances ».

Ainsi s’achève l’histoire d’un des plus prestigieux personnages de notre modeste village qui ne manqua pas de célébrer tout au long de sa vie une messe le 24 juin pour la saint Jean en l’honneur du patron de l’église de son lointain pays.


* : Dans le catholicisme, vénérable est un titre donné à une personne dont le caractère héroïque est reconnu. Une personne décédée, en ayant une réputation de sainteté, sera dite vénérable lorsque « l’héroïcité des vertus » de la personne a été reconnue par l’église catholique romaine. Le diocèse peut alors lancer un procès en vue d’une éventuelle béatification puis un procès en vue d’une éventuelle canonisation.

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