Pierre Paul Poulalion

Pierre Paul Poulalion

caricature de Poulalion
caricature de Poulalion

Simon Brugal, alias Firmin Boissin, dans «Excentriques disparus», ouvrage dans lequel il dessinait le portrait de quelques personnages pittoresques, prétendait que Pierre Paul Poulalion se présentait ainsi : «j’ai vu le jour, Monsieur, dans ces plaines fertiles que l’Orb arrose… Le fait est que les biterrois ne sont pas commodes…» Il était pourtant bien né à Montbazin le 29 juin 1801.

Après ses études au séminaire, il fut nommé instituteur communal à Murviel les Montpellier. Les lois Falloux de 1848 et 1850 avait confié l’enseignement primaire aux congrégations religieuses, en particulier à celles qui relevaient de la religion catholique. Ce sont les lois de 1878 et 1890 de Jules Ferry qui rendirent l’enseignement primaire gratuit, obligatoire et laïque. Il épousa ensuite Joséphine-Françoise Dispos, orpheline qui résidait chez sa tante Mme Charles à Montbazin. En 1836 il fut nommé instituteur à Montbazin. En 1838 non seulement son épouse décédait mais également son second fils. Il exerça jusqu’en 1857 tout en s’occupant de l’éducation de son fils survivant.

"Nous vous attendons"En 1859, les montbazinois découvrirent à l’entrée du cimetière, gravée dans la pierre, cette déclaration que l’on peut lire encore aujourd’hui et qui sonne comme une sentence, ou un espoir pour une âme pieuse : « nous vous attendons ». Poulalion et son ami Fulcrand, tailleur de pierre de son état furent fortement soupçonnés d’en être les auteurs et d’avoir agi nuitamment.

Élan de lucidité ou excès d’auto dérision, il déclarait avec beaucoup d’humour -volontaire ou pas- : «j’ai eu des malheurs. Au séminaire on ne m’a pas compris et l’on n’a pas voulu de moi. Je me suis fait maître d’école, les enfants m’ont encore moins compris. J’ai convolé deux fois. Ma première femme est morte sans me comprendre et la seconde m’a quitté pour m’avoir trop compris…»

Il se lança alors dans ce qu’il appelait sa «mission». Fort de la rente annuelle de 600 francs que lui versait son fils à qui il avait donné tous ses biens et qui exerçait en tant que buraliste-receveur à Frontignan, il se rendit à Paris. Il s’installa dans le quartier latin au 9 rue Guénégaud. Il entreprit alors la rédaction, l’édition et la diffusion de sa revue «littéraire, scientifique et lyrique» : Le Poète Boiteux.

Simon Brugal témoignait : «Pierre Paul Poulalion eut son heure de célébrité de 1867 à 1870, on ne connaissait que lui sur la rive gauche. C’était un petit vieux qui portait les cheveux à la Garnier-Pagès et des lunettes comme M. Darimon. Il ne marchait pas, il tressautait, ou plutôt, il avançait à cloche-pied, pareil à l’Empuse dont parle Apulée de Madaure. Quelque temps qu’il fit, Poulalion n’allait jamais sans son parapluie de cotonnade rouge et un immense cartable. Le parapluie avait appartenu à sa seconde femme, une gourgandine plus que mûre, qui courait encore la prétentaine dans les villes du midi. Le cartable renfermait les œuvres inédites du poète et la collection de son journal. Car Poulalion (et il en était fier!) publiait chaque semaine à ses risques et périls, une feuille de chou «Le Poète Boiteux», revue littéraire, scientifique et lyrique, dont il faisait lui-même le placement dans les caboulots de la rue Monsieur le Prince et du boulevard Saint Michel.»
Trente exemplaires du « Poète Boiteux » sont conservés à la Bibliothèque nationale de France.

Poulalion était particulièrement fier d’avoir «étonné» le grand Dumas. Dans le premier numéro de sa revue, nous pouvons lire : «dans un entretien que j’ai eu l’honneur d’avoir avec Alexandre Dumas Père, le philosophe m’a dit : Vous êtes heureux de croire en Dieu

Autre raison de fierté, il avait prétendument «enthousiasmé» Jules Vallès, successivement journaliste au «Figaro», au «Progrès de Lyon», au «Globe», à «L’Événement» et à «L’Auvergnat de Paris», créateur de plusieurs titres : «La Rue», «Le Peuple», «Le Cri du Peuple». Vallès, farouche opposant au pouvoir, ardent défenseur de la liberté de la presse, était une figure de premier plan de l’édition, du milieu politique et culturel. Enfin, consécration suprême, André Gill, le célèbre dessinateur de presse, a caricaturé le poète boiteux et avait fait paraître son portrait dans le sixième numéro de sa revue «La Parodie» du 25 septembre 1869.

couverture de la revue "le poète boiteux"
couverture de la revue « le poète boiteux »

Poulalion a rédigé et vendu 64 numéros de son bulletin, 10 centimes l’exemplaire, toujours présenté sous le même format et la même formule. En première page, sous la têtière, un ou deux portraits de l’auteur, ainsi que quelques vers intitulés «les devoirs et le bonheur de tous» dans lesquels il prodiguait conseils à tous pour l’hygiène du corps et de l’esprit. Dans un style naïf et convenu, il faut bien reconnaître que sa versification n’avait guère de parenté avec celle de ses contemporains, Victor Hugo, Théophile Gautier, Leconte de Lisle, et moins encore avec celle de Baudelaire dont il est vrai que Les Fleurs du Mal, éditées en 1858, attendront près d’un demi-siècle avant de conquérir le public.

Poulalion MéthodePoulalion s’était également donné comme mission de réformer la grammaire et l’orthographe qu’il trouvait bien complexes et difficiles à enseigner. Il se déclarait en particulier ennemi du participe passé. «Ma principale réforme grammaticale, écrivait-il, les temps composés des verbes actifs, pour qu’ils soient véritablement actifs, doivent toujours rester invariables…». Dans chaque numéro, il posait une énigme, sous forme de charade, dont il donnait la solution dans le numéro suivant, en indiquant le nom, parfois la profession, de ceux qui lui avait fait parvenir la réponse exacte. Ce qui lui permettait, probablement, d’établir un contact avec ses lecteurs. La dernière page comprenait quelques vers sous forme de fables, chansons, hymne, conte ou autre. Il ne manquait pas de rappeler ses origines, comme dans ces vers :

…Marchands de vins et de liqueurs,
Afin de réjouir les cœurs,
De Montpellier, dans la boutique,
Tenez toujours une barrique,
Ayez surtout du Montbazin
Son fumet embaume la bouche,
Et l’on se croirait sur la souche
A savourer son doux raisin…

Simon Brugal dévoile que Poulalion a disparu dans la tourmente de la Commune. Brugal confie, qu’une fois l’ordre rétabli, il alla rue Guénégaud prendre des nouvelles de Poulalion. La concierge lui déclara alors : «le boiteux sortit avec son cartable, comme d’habitude, le 17 mai, à neuf heures du matin. Il n’est plus rentré.» Le biographe en conclut : «Poulalion a dû être tué dans la bagarre – par mégarde».

Plus qu’excentrique, Poulalion apparaît comme un illuminé, un mystique, de ceux que Brugal appelle «inoffensifs songeurs» et qui, semble-t-il étaient légion à cette époque.

 

acte de naissance de P. P. Poulalion
acte de naissance de P. P. Poulalion le 29 juin 1801 à Montbazin

.Notice généalogique :

Pierre Paul Poulalion est né à Montbazin le 29 juin 1801 (ci dessus son acte de naissance).
Son père est André Poulalion, sa mère Françoise Sarran. Ses grands parents paternels : Pierre Poulalion et Marianne Raynard, de Montbazin. Ses grands parents maternels : Jacques Sarran, de Gigean et Marie Rose Albernhe, de Loupian.
Il figure sur les recensements de Montbazin de 1836 avec sa femme Joséphine Françoise Dispos  et son fils Pierre André François Isidore, qui a 5 ans.
Le 06 avril 1838, dans la maison de son père à Puéchabon, décède son nouveau fils François Charles Xavier Paulin qui est né en 1837 (present Gregoire Noualhac, père nourricier du décédé)
Son épouse Joséphine décède à Montbazin le 14 mai 1838 (ci dessous copie de l’acte) dans la maison de son oncle André Jacques Charles ; Pierre Paul est alors instituteur à Puéchabon.
Il figure sur les recensements de Montbazin de 1841 avec son fils, et sur les recensements de Montbazin de 1851 de 1856 où il vit seul.

acte décès Joséphine Dispos, épouse Poulalion
acte de décès de Joséphine Dispos, épouse Poulalion – 1838

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